Le journaliste Antoine Tricot publie le 24 septembre Cheville Ouvrière, un essai de journalisme critique. Dans cet ouvrage, il nous immerge dans deux quartiers populaires de Saint-Pol-sur-Mer, à côté de Dunkerque, promis à une vaste opération de rénovation urbaine.

« Qu’est-ce qu’un quartier populaire en dehors de l’image qu’en donne le JT de 20h ? » C’est la question que s’est posé Antoine Tricot, journaliste indépendant. Pendant deux ans, il a parcouru deux quartiers prioritaires de la ville de Saint-Pol-sur Mer, dans l’agglomération de Dunkerque. D’un côté, la cité des Cheminots, mémoire de l’histoire ouvrière de la ville, composée de maisons pavillonnaires avec jardins. De l’autre, les barres HLM des résidences Jean Bart – Guynemer.

Un journalisme de banalité pour décrire une histoire populaire

Malgré leurs différences architecturales, les deux quartiers voient leurs destins liés. Ce qui les réunit ? Un projet de rénovation urbaine annoncé par la ville depuis plus de 10 ans. La cité des Cheminots compte de nombreuses maisons abandonnées. Juste en face, les immeubles de Jean Bart – Guynemer comptent plus de 2000 habitant·es. Le but est donc de détruite ces immenses barres pour en reconstruire de plus petites à côté des pavillons.

Dans son livre, Antoine Tricot tend l’oreille aux habitants : « Le quartier Jean-Bart Guynemer souffre d’une mauvaise réputation. Quand on en entend parler, c’est seulement pour des faits divers. Je voulais proposer une autre vision de cette résidence en donnant la parole aux concerné·es. C’est ce que j’appelle le journalisme de banalité. » Au total, il a réalisé 65 entretiens avec les habitant·es de ces barres HLM, celles et ceux du quartier Cheminots et la mairie de Saint-Pol-sur-Mer à l’initiative du projet de rénovation.

histoire populaire
Un plan de Saint-Pol-sur-Mer dessiné par Antoine Tricot

Une réalité partagée

Antoine Tricot retrace ainsi l’histoire ouvrière de ces quartiers, marqués par la fermeture de nombreuses usines et l’augmentation du chômage. Au milieu, les jeunes tentent de se faire une place. Les moins de 24 ans représentent 40% des habitant·es du quartier de Jean Bart-Guynemer. Le journaliste a recueilli de nombreux témoignages illustrant un sentiment d’abandon : « Tu sais le problème à Saint-Pol c’est quoi ? C’est tout pour les vieux. Ils ont des lotos, ils ont des voyages… Mais rien pour les jeunes. Il y a même pas de jeux pour les enfants ! » explique Amin dans Cheville Ouvrière.

Sur le même thème : Mathilde Larrère et Gerard Noiriel – Transmettre une histoire populaire

A travers ce livre, l’auteur met en lumière le quotidien d’un quartier populaire d’une petite ville de France. « Cette réalité de rénovation urbaine est partagée par plusieurs quartiers populaires français. Dans les médias, on a tendance à parler uniquement de ceux situés en Ile-de-France. Ce qui m’intéressait, c’était de parler d’une certaine réalité sur un territoire comme celui de l’agglomération dunkerquoise », explique Antoine Tricot.

Cheville Ouvrière, Antoine Tricot, Éditions Créaphis (2020).

Un entretien réalisé par Morgane Moal. Photo de Une : Antoine Tricot.

Extrait musical : Bahysa – Flashback (2020)

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