L’île de Samos en Grèce est une poudrière. À environ 1,5 kilomètres des côtes turques, elle abrite en mer Égée un camp de personnes exilées. Dans ce « hotspot« , les conditions de vie inhumaines créent un enfer pour les exilé·es qui attendent l’asile. Une situation catastrophique, aggravée par les décisions politiques européennes et nationales.

Maël Galisson, volontaire pour le Groupe d’information et de soutien aux immigrés (GISTI) et Mathilde Albert, volontaire pour Avocats Sans frontières France et Migreurop, s’y sont rendus. Que ce soit pour une courte mission d’observation ou pour assurer une assistante juridique de cinq mois, tou·tes deux décrivent une situation critique. « La privation de liberté se fait au niveau de l’île » affirme Mathilde. Le camp, une ancienne base militaire, se situe à Vathi. Reconverti en centre de transit, ce lieu enregistre les arrivant·es venu·es par la mer depuis la Turquie. A l’origine, ses bâtiments et conteneurs peuvent accueillir 648 personnes. Aujourd’hui, ce hotspot héberge une population d’environ 6 000 personnes. Soit dix fois ses capacités d’accueil.

Ces derniers mois, la situation s’est tendue. Dans la nuit du 14 octobre, le camp de l’île de Samos est frappé par les flammes. L’incendie se déclare deux semaines après l’incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos. Environ 600 personnes se retrouvent sans nulle part où dormir, à cause des ravages du feu. Des drames liés « à la promiscuité et la violence des conditions de vie » pour Mathilde. Dès le lendemain, et durant les jours qui suivent, différents groupes d’exilé·es manifestent dans les rues de Vathi, exigeant de meilleures conditions de vie et d’accueil. 

« Totalement contre les droits humains »

Le camp « officiel » déborde. Les exilés, arrivé·es à Samos après plusieurs migrations, s’installent dans des tentes et des abris de fortune sur les collines alentour. La nourriture y est insuffisante. L’insalubrité, constante. Souleymane, exilé avec sa famille depuis la Palestine expose son dénuement sur place : « Ni couvertures, ni vêtements, rien. Seulement un papier de la police pour obtenir un repas le matin, l’après-midi et le soir. Pour avoir son repas il faut attendre debout, trois ou quatre heures pour que son tour vienne et obtenir un peu de nourriture pour ses enfants. Ce n’est pas acceptable. » Maël complète ce témoignage : « même après cette attente, il n’est pas sûr qu’il y en ait pour tout le monde ».

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Au-delà du camp  » officiel » prévu pour 648 personnes, les abris s’étendent sur les collines alentour où vivent près de 6000 personnes. (Photographie : Maël Galisson)

« Plus de la moitié des personnes maintenues sur le camp sont des femmes et des enfants » précise Mathilde.  Après plusieurs migrations, ces personnes se retrouvent sur le chemin de l’exil. Une seule porte d’entrée vers l’Europe : la Turquie, puis les îles grecques. « Parmi les résidents, 28% sont des afghans, 28% sont d’origine syrienne. Il y a également des irakiens, des congolais, des palestiniens » décrit la jeune femme, postée au legal center de lîle. Tous et toutes prennent le risque d’une traversée en mer pour obtenir l’asile. En 2019, Samos redevient le premier point d’entrée en Union européenne. 

L’accord turco-européen en cause dans la situation des exilés à Samos

Au-delà des conditions matérielles d’existence insuffisantes, le manque d’informations sur les démarches à suivre paralyse les exilé.es sur l’île. Première étape à l’arrivée : s’enregistrer auprès de la police. Ensuite vient l’enregistrement juridique des personnes pour une demande d’asile auprès de l’Etat grec. Dès lors, le manque de moyens se fait criant. « Cet enregistrement se fait par une seule personne sur le camp à mi-temps » rappelle Mathilde tel un détail dans ce contexte difficile. Suite à l’enregistrement, l’exilé obtient une carte de demandeur d’asile. Y est inscrite la date de l’entretien au cours duquel les services évalueront le statut de la personne. Aucune date d’entretien n’est disponible avant 2021 ou 2022. Des délais de deux ans, « jamais atteints » selon Mathilde.

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Suite à l’incendie du 14 octobre, les exilé.es cherchent à reconstruire leurs abris, parfois à même les cendres ( Photographie : Maël Galisson)

Comme à Lesbos ou à Chios, ces hostpots sont créés en mars 2016 à la suite de l’accord passé entre l’Union Européenne et la Turquie. Le marché : la Turquie s’engageait à maintenir les migrant·es sur son territoire en échange de 6 milliards d’euros pour établir des structures d’examen de demande d’asile et d’une facilitation d’établissement de visas pour les ressortissants turcs. Cet accord est rendu possible par le fait que la Turquie représente un « pays sûr » pour l’Union Européenne. Pour Maël, la situation critique des exilés du camp de Samos est « la conséquence directe » de cette politique. Pour les deux volontaires, elle n’a fait qu’allonger les délais d’attente et renforcer « le tri des vulnérabilités » parmi les personnes migrantes en transit sur l’île, permettant davantage de renvois vers la Turquie.

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Suite à l’incendie, différents groupes d’exilé.es se rendent dans les rues de Vathi pour manifester (Photographie : Maël Galisson)

L’Etat grec, dépassé, durcit sa politique

« L’accord amène la restriction géographique. Les gens vont rester bloqués sur ces îles en attendant que l’administration statue sur leur devenir » explique Maël. Dans ce « jeu de poker menteur où la Turquie joue les gardes-frontières« , la droite grecque nouvellement au pouvoir hausse le ton. Début juillet 2019, le parti de droite Nouvelle démocratie obtient la majorité des sièges au parlement et mène au pouvoir le premier ministre Kyriakos Mitsotakis, éjectant son prédécesseur Alexis Tsipras. Ce dernier fustige l’Union Européenne pour son désintérêt face à la situation migratoire explosive.

Si le premier ministre s’est engagé à transférer 20 000 exilés d’îles comme Samos vers le continent d’ici la fin de l’année, dans le même temps, il opère un durcissement des procédures d’octroi de l’asile et annonce d’ores et déjà le chiffre de 10 000 expulsions de déboutés de l’asile vers la Turquie d’ici 2020. Une fermeture prévue par la loi, adoptée dans la nuit du 31 octobre 2019. Dernière annonce en date : le 20 novembre, l’Etat grec annonce le remplacement des camps de Lesbos, Chios et Samos par des structures fermées, en triplant les capacités d’accueil comme le détaille le journal Le Monde. Des politiques toujours en deçà de la réalité migratoire sur le terrain, selon les ONG.

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Un entretien réalisé par Romane Salahun. Photographies et témoignages sonores de Maël Galisson.

 

 

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