Une ancienne brasserie de Strasbourg, vide depuis des années a été investie par des sans-logis et leurs soutiens. Ouvert depuis plus d’une semaine, le squat héberge plus de 130 personnes. La mairie, propriétaire du bâtiment, a déposé plainte et demande sa « libération immédiate ».

À peine ouvert, ce squat de Strasbourg est déjà plein

Dans le grand hall de l’Hôtel de la rue, nom donné à ce squat de Strasbourg, un large demi-cercle de canapés entoure la table sur laquelle un enfant entame un dessin à la craie. Au centre de la pièce, une cafetière, une bouilloire, quelques emballages et un four à micro-ondes surmonté d’un bouquet de fleurs témoignent du petit-déjeuner pris un peu plus tôt.

Dans un coin, un mineur angolais s’est endormi sur un sofa. Il a été envoyé là, avec un plan imprimé, par la Plateforme d’accueil départementale des demandeurs d’asile. Mais dormir ici sera compliqué pour lui : depuis son ouverture un peu plus d’une semaine avant la fin du mois de juillet, le squat s’est rempli. Plus de 130 personnes se sont réparties dans les trois étages du bâtiment qui composait les bureaux de l’ancienne brasserie Gruber, et malgré les centaines de personnes encore à la rue, l’Hôtel de la rue est à la limite de ses capacités.

Des familles en errance

L’Hôtel de la rue affiche complet. Le manque de place, pas plus que la plainte déposée par la mairie, propriétaire des lieux, n’empêche d’autres sans-domicile de se présenter à l’entrée. Le bouche-à-oreille va vite. Le 30 juillet, une femme enceinte, son compagnon et leur enfant d’un an et demi expliquent dormir dehors depuis plusieurs jours. Ils pourront se reposer, au moins un après-midi, dans une des chambres « d’urgence » récemment laissée vacante.

Pendant que cette famille s’entretient avec l’une des bénévoles dans un bureau, d’autres déchargent quelques meubles de récupération d’un camion et les portent dans le squat. Le hall résonne d’échos de voix françaises, arabes, anglaises et géorgiennes. Ce sont souvent les plus jeunes comme Nato, journaliste géorgienne polyglotte dont Rue89 Strasbourg a fait le portrait, qui traduisent pour les habitant·es les plus âgé·es.

Un règlement intérieur en plusieurs langues est affiché à l’entrée du squat. Photo Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur
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« Tu nous parles d’une ampoule alors que la clim’ tourne à vide depuis des années ? »

En début d’après-midi, les militant·es se regroupent dans le hall. Marie-Dominique Dreyssé, adjointe EELV au maire en charge de l’action sociale territoriale, doit venir visiter les lieux. Ce n’est pas son premier contact avec les bénévoles du squat de Strasbourg : elle avait déjà rencontré certain·es d’entre elles et eux des semaines plus tôt, qui lui avaient rappelé la situation alarmante des personnes à la rue. « Marido » se fera copieusement houspiller durant toute la durée de la visite.

Camille, notamment, (les prénoms des militant·es sont des prénoms d’emprunt) qui a lui-même vécu à la rue et consacre toute son énergie au lieu, n’est pas spécialement ravi de sa présence. « Alors, les enfants sont mieux là, ou dehors avec les rats ou les ragondins ? » Lorsque le fonctionnaire qui accompagne l’élue écologiste s’enquiert du fonctionnement d’une ampoule, on ne manque pas de lui rétorquer « T’es sérieux ? Tu nous parles d’une ampoule alors que la clim’ tourne à vide depuis des années ? » Les envoyés de la Ville restent imperturbables.

Depuis l’ouverture du squat, bénévoles et habitant·es sont sur la brèche en permanence. Photo Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

La mairie de Strasbourg refuse de retirer sa plainte et veut vider le squat

Le tour du bâtiment effectué, une discussion autour d’une table permet de baisser un peu le ton. Serge, côté bénévole, explique comment la mairie aurait, selon lui, tout intérêt à leur donner un bail précaire, arguant qu’« une solution gagnant-gagnant vaudrait bien mieux qu’un conflit ». En face, Marie-Dominique Dreyssé affirme qu’elle ne peut pas prendre d’engagement alors qu’elle est simplement venue « constater la situation », et assure que « la mairie ne retirera pas sa plainte », mettant en avant la sécurité et les responsabilités en cas d’accident.

Pour l’élue, cette irruption dans le bâtiment n’empêchera pas le projet de maison de quartier, but du rachat de l’endroit par la ville en novembre dernier. Elle tient à rappeler que le logement est une compétence de l’Etat et les efforts – insuffisants – de la mairie pour endiguer le problème.

Tags d’extrême-droite et menaces directes

Derrière elle, sur l’un des murs du squat, un tag « le bastion social vous encule » suivi d’une croix celtique. Contacté par les Dernières Nouvelles d’Alsace, le défunt groupuscule fasciste a décliné toute responsabilité. Il s’agit du deuxième message menaçant découvert à proximité depuis l’ouverture du squat de Strasbourg.

Le jour suivant notre reportage, la page facebook du collectif de sans-abris La Roue tourne a déclaré qu’une équipe de la Brigade anti-criminalité (BAC) avait cherché à pénétrer dans l’Hôtel de la rue, prétextant la recherche d’un téléphone volé. Le bénévole qui leur a refusé l’accès aurait alors eu son identité relevée, et se serait vu dire qu’il serait convoqué comme complice. Une pression qui ne change rien aux besoins des occupant・es. A Strasbourg, comme dans la plupart des métropoles françaises, plusieurs centaines de personnes (500, d’après le décompte de Labo citoyen) dorment dans des campements à la rue, hiver glacial comme été caniculaire.

Bien que pour l’instant sommairement meublées, les chambres offrent un indispensable répit face à la rue et à la canicule. Photo Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

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