Canicule et Migrants : « On n’a pas d’eau, pas d’endroit où dormir »

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Cette semaine, l’alerte rouge canicule a été déclenchée pour la première fois. Jeudi 25 juillet, le thermomètre a dépassé les 40 degrés. Dans les villes, les plans canicules ont parfois oublié des populations migrantes pourtant à la rue et très vulnérables. Reportage au camp de la Plaine-Saint-Denis en Île-de-France.

Canicule et pollution insupportables pour les migrants

Avenue du Président Wilson, au-dessus de l’Autoroute A1 qui sépare la banlieue de Paris, une allée de verdure avec des pistes cyclables. Les camps cauchemardesques de la Porte de la Chapelle sont derrière les pylônes du périphérique. Sur l’avenue du Président Wilson, le cadre semble plus agréable grâce aux parcs, aux commerces… mais la situation des personnes qui vivent sous les tentes n’en est pas plus enviable. « Avec la chaleur, c’est très fatiguant… on a pas de l’eau bonne à boire, on n’a rien du tout, » explique Samba, à la rue depuis 2010, sous des bourrasques de vent brûlant.

« Si tu n’es pas là je meurs… »

Les bénévoles se substituent aux pouvoirs publics à Saint-Denis, où l’aide apportée aux migrants entassés sous les tentes se limite au strict minimum : deux points d’eau, et un centre d’accueil de jour. La plupart des migrants de l’Avenue du Président Wilson n’y vont pas, de peur de perdre leurs affaires. Les bénévoles du collectif Solidarité Migrants Wilson fournissent boisson et nourriture au quotidien. « Les migrant-es sont absolument abandonnés par les pouvoirs publics, » explique Philippe Caro, adjoint à la mairie de Saint-Denis et très impliqué dans ce collectif. « Si tu n’es pas là je meurs…’, voilà ce qu’on m’a dit il y a quelques jours… » raconte l’une des bénévoles pour le collectif.

Un déni des pouvoirs publics face à la situation des migrants pendant la canicule

Philippe Caro pointe un déni de la part des pouvoirs publics. « La mairie de Paris, tant que ça se passe de l’autre côté du périphérique, à Saint-Denis, ça leur va très bien, et vice versa. » Les forces de police déplacent donc régulièrement les migrants, en pleine nuit, dans la commune limitrophe. En tant qu’élu, il voit pourtant des solutions : « En ce moment y’a des jets d’eau pour arroser les pelouses, mais peut-être qu’il y avait des choses à imaginer autour de ça ? » Pour lui le principal problème est de ne pas le prendre assez en amont. La canicule n’est pas une surprise et son effet dévastateur non plus. S’il existe des plans canicule depuis 2003, il regrette que les migrants ne puissent pas en bénéficier.

La mairie de Saint-Denis souligne l’existence du centre d’accueil de jour, la Halte Humanitaire, aux Docks de Paris, à la Plaine-Saint-Denis, où les migrants peuvent se reposer, boire, manger et se laver. La municipalité confirme l’existence de points d’eau au niveau des campements de l’avenue Wilson et Porte de la Chapelle. Pour la mairie communiste, cette situation catastrophique résulte surtout de la politique étatique qui ne permet pas de venir réellement en aide aux populations touchées. Pour Philippe Caro, c’est un peu trop simpliste. « Entre dire ‘c’est pas nous c’est l’État, on ne fait rien’ et se substituer complètement à l’Etat, il y a des choses à faire. »

En attendant qu’il y ait une véritable politique d’aide, les personnes migrantes tentent de survivre hiver après hiver, canicule après canicule. Sur le terrain les bénévoles sont très inquiets, et choqués par le décès la semaine dernière d’un jeune homme mineur. Il s’est pendu dans le square Charles-Hermitte, entre les portes de la Chapelle et d’Aubervilliers. Un décès qui a marqué Clémentine Chevalier, bénévole pour le collectif Solidarité Migrants Wilson. « Il était mineur, il aurait dû être protégé par l’Etat et ce n’est pas le cas. Aujourd’hui, on meurt dans la rue. »

Un reportage de Jérémie Hertzog

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