Dans Winter is Coming, une brève histoire politique de la fantasy, l’historien William Blanc présente à travers plusieurs œuvres, dont la saga du Trône de fer de George R. R. Martin, un genre influencé dès sa naissance au XIXe siècle par la politique et qui l’influence à son tour avec en ligne de mire, « une crise de la modernité ».

Rejet de la modernité industrielle, échos à la société contemporaine et aux totalitarismes, l’heroic fantasy n’est pas sans évoquer le spectre de notre société. C’est l’une des raisons avancées du succès de la série Game of Thrones, dont la huitième et dernière saison est est diffusée cette année. Une lecture sibylline pour laquelle William Blanc, historien et auteur, se propose de nous livrer quelques clefs d’intelligibilité, ainsi qu’une brève perspective historique et politique de ce genre littéraire parfois mal-aimé.

« La fantasy est une mythologie de l’anti-modernité »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de George R. R. Martin, Game of Thrones est désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine.
G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.
De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.
 

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

 

Ce que Game of Thrones dit de notre monde contemporain

L’univers de Westeros peut-il évoquer le spectre de notre société ? Pour l’auteur, la saga traduit avant tout « une crise de la modernité ». La série la plus téléchargée de tous les temps se fait volontiers le relais d’un rapport désenchanté à la politique. Dans le royaume des Sept Couronnes, les affaires de la cité sont avant tout une prérogative des classes dominantes et l’ensemble des intrigues développées par Georges Martin se développe dans les arcanes d’un pouvoir dont le peuple est exclu. « Depuis Game of Thrones, il y a une tendance de la fantasy à parler de politique dans des mondes imaginaires », précise William Blanc. « On est ici dans un monde multipolaire sans les grands blocs idéologiques habituels. »
Ici, « pas de héros ou d’héroïnes qui règlent les choses du jour au lendemain », comme souvent dans le genre littéraire de la fantasy. Le personnage de Tyrion Lannister, qui devient le premier conseiller de la reine Daenerys Targaryen, montre bien qu’il ne s’agit pas en politique de garder une probité morale immaculée. A travers ce personnage, « il y a l’idée que la politique ne peut pas tout. Qu’on est obligé de faire des compromis. »
Intriguant dans ce monde multipolaire, sa position pointe la difficulté à réfléchir en termes d’opposition binaire. A Westeros, les guerriers meurent plus vite que les haut placés, qui négocient leur vie à coups de complots.

Une conférence enregistrée à la librairie Libertalia, 12 rue Marcelin-Berthelot, à Montreuil :

  • William Blanc est historien. Il est notamment l’auteur de Super-Héros, une histoire politique (Libertalia, 2018) et Le Roi Arthur. Un mythe contemporain (Libertalia, 2016).

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