Emblème de la contestation et gardien de la mémoire au fil des mobilisations, pour celles et ceux qui le portent dans la rue, le Gilet Jaune est devenu bien plus qu’un simple accessoire. Nous avons rencontré Louise, fondatrice de « Plein le dos », un collectif qui photographie et compile des images de gilets jaunes à des fins artistiques et politiques.

Le projet était « une évidence » dès les premiers actes affirme Louise. Directrice artistique indépendante, elle a tout de suite porté son attention sur le dos des Gilets Jaunes. Sur cet habit qui fait l’identité du mouvement fluorescent, les hommes et les femmes ont couché au dos, avec souvent beaucoup d’humour et de créativité, leurs contestations et leurs revendications politiques. « Les médias dominants déclaraient : les Gilets Jaune n’ont rien à dire« , elle, a donc vu dans le projet de photographier leur dos « le moyen de contrer leurs discours ».

Sur la toile les photos se multipliaient, des photographes professionnels ou amateurs « commençaient à monter des blogs dans lesquels ils les compilaient ». Il s’est alors agit pour Louise de trouver un moyen de mettre ses productions en commun et de les rendre accessibles et visibles sur un même site. La militante a lancé un appel « à créer une galerie nationale ». Le titre est tout trouvé : « Plein le dos ». « Pour ne pas dire plein le cul », comme le diront beaucoup de Gilets Jaunes rencontrés dans les manifestations.

Des Gilets Jaunes pris en photo par le collectif Plein le Dos. Photographies : Collectif Plein le Dos.

Du support numérique au support papier à prix libre

L’objectif de ce projet, c’est aussi de « montrer que sur tous ces dos se lit, en finalité, une convergence des luttes » explique Louise. Pour cela, du numérique, elle passe à l’impression papier sous la forme d’une parution aux couleurs fluorescentes. Un moyen de « mettre tous ces messages ensemble pour faire un beau corpus politique. L’écologie est présente, la répartition des richesses, la justice fiscale et la justice sociale aussi ». Aujourd’hui, il y a déjà quatre numéros de « Plein le dos » en circulation, le cinquième est en préparation.

Les Gilets Jaunes, qui maintenant reconnaissent Louise et viennent à sa rencontre pour se procurer le dernier numéro, apprécient ses journaux « parce qu’ils sont collectors » confie un militant Gilet Jaune, qui préfère garder l’anonymat. Ils les apprécient d’autant que le surplus d’argent perçu, après remboursement du coût de production, est reversé à des caisses de victimes blessées en manifestations. Une jeune femme, rencontrée dans le cortège donne dix euros. Elle nous confie que c’est « par solidarité avec toutes ces victimes ».

Informer, transmettre et conserver la mémoire

Une dame de 72 ans débordante d’énergie parce qu’« être gilet jaune ça conserve », connait bien le journal « Plein le dos ». Elle est heureuse de rencontrer Louise et va pouvoir se procurer le numéro 4 pour le redescendre à Nantes. Chez elle, « Plein le dos » se transmet de génération en génération : « avec mes petits-enfants âgés de 17 ans et de 12 ans, j’analyse chaque document, je donne mon avis et puis on en discute pour qu’ils puissent réfléchir et se faire leur propre opinion. Ce journal est « important pour moi pour leur montrer ce qu’il se passe et pour qu’ils comprennent pourquoi on est dans la rue ». 

En fin de manifestation, arrivé vers la place d’Italie, un homme vient poser comme une conclusion à cette journée de distribution. Pour Jean, « Plein le dos » a aussi valeur de transmission : « c’est un super projet parce qu’un mouvement social inédit comme celui-ci, il faut raconter son histoire. Il ne faut pas historiciser le mouvement qui est entrain de se faire, mais il faut être en capacité de transmettre ce qu’on a fait aujourd’hui pour que d’autres prennent la relève après ». 

Ces journaux représentent donc le moyen d’archiver une mémoire collective et populaire. Un écho aux nombreuses expositions organisées autour de l’anniversaire de mai 68, montrant le poids dans l’histoire des productions internes aux mouvements sociaux. Dans la lutte émerge de nouvelles formes de création artistique. Les gilets jaunes, leurs slogans et leurs dessins en sont les exemples.

Un reportage réalisé par Scarlett Bain et Tristan Goldbronn

 

 

 

 

 

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