342 salariés de Peugeot-Citroën à Saint-Ouen sont concernés par la vente du site à l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP). La fermeture de leur usine est programmée pour 2021. A la clef, des départs, des reclassements et des pré-retraites. Un changement de vie radical qui ne se fera pas « sans contrepartie » affirment les salariés en grève.

Mardi 15 janvier, des salariés de PSA Saint-Ouen manifestent devant leur usine. Munis de banderoles et de pancartes, ils s’unissent sur le son de On Lâche Rien” du groupe HK & les saltimbankes. C’est la deuxième action qu’ils mènent depuis le début du mois. La première s’était déroulée dans les rues de cette ville du 93. Les ouvriers de PSA étaient allés à la rencontre des salariés de Conforama, eux-aussi concernés par le projet de construction du campus hospitalo-universitaire Grand-Paris Nord. Un projet vieux d’une quinzaine d’années qui doit doter la Seine-Saint-Denis d’un centre d’hospitalier. Il doit accueillir les hôpitaux de Beaujon (Clichy) et de Bichat (Paris 18eme).  

 

Devant l’usine PSA à Saint-Ouen, banderole « Non à la fermeture ». Photographie : Scarlett Bain pour Radio Parleur.

Réquisition du terrain : une aubaine pour le groupe PSA ?  

Initialement ce projet reconnu d’intérêt public devait être bâti un plus loin dans le nouveau quartier des Docks de Saint-Ouen, en bordure de la Seine. Le protocole d’accord financier pour son installation est signé en décembre 2016. Mais quatre mois plus tard l’AP-HP se rend compte que le terrain est inondable. L’organisme public regarde alors 300 mètres plus loin, en direction de l’usine PSA. Un changement de situation que le groupe automobile accueil favorablement. L’entreprise annonce rapidement que « s’agissant d’un projet d’intérêt public » il accepte la proposition de rachat des terrains sur lesquels est installée son usine.

Gaëtan Minardi est délégué syndical et salarié chez Peugeot. Il affirme que « PSA se cache derrière la décision de l’AP-HP pour dire : Nous on n’y peut rien on est obligé de fermer». À ses yeux, la coïncidence est trop belle : il y a bien longtemps que le site est en sursis. « Cela fait dix ans que PSA n’investit plus sur le site. En 2012, nous étions 700 employés. Aujourd’hui, nous sommes environ 300. La fin d’activité est en fait programmée depuis des années ». Reste qu’il est difficile de lutter contre la fermeture d’une usine quand celle-ci doit être remplacée par un hôpital. La colère des salariés ne s’exprime d’ailleurs pas contre la construction du centre de soins mais bien contre les dédommagements proposés par la direction.

« Au moins 100 000 euros pour tous »

Les salariés rassemblés ce jour-là dénoncent d’une même voix les conditions de départ. Pour eux, elles ne sont pas satisfaisantes notamment par rapport aux bénéfices records que PSA enregistre depuis 2016. Cette année encore, le groupe connait une hausse de 6,8% de ses bénéfices, avec 3,88 millions de véhicules vendus. Les salariés considèrent que ce profit, c’est eux qui participent à le produire et qu’au vu du salaire annuel de 5,24 millions d’euros de leur PDG Carlos Tavares, ils sont en droit de revendiquer “au moins 100 000 euros pour tous “. Un ouvrier s’indigne : « moi j’ai le plus bas salaire (NDLR : 1 500 euros net mensuel ) j’ai neuf ans d’ancienneté, on me propose que 40 000 voire 45 000 euros pour partir” . En colère, il s’’inquiète de ne pas avoir la garantie de retrouver un CDI derrière s’il ne choisit pas la solution du reclassement sur un autre site du groupe.

Les travailleurs de PSA en grève défilent dans leur usine à Saint-Ouen. Images : collectif des salariés en grève. 

Les autres sites PSA où les ouvriers de Saint-Ouen pourraient être transférés sont ceux de Poissy en Ile-de-France, ou encore Caen, voire même Sochaux, à 490 km de leurs lieux de vie actuels. Mohammed a 25 ans d’ancienneté. Il peut bénéficier d’un départ à la retraite anticipée mais il mène la lutte pour les plus jeunes salariés « ceux qui ont des enfants vont être obligés de déménager, d’aller trouver un autre travail ou d’aller sur un autre site mais c’est toujours toute une famille qui va devoir se déplacer ». Une politique de reclassement qui nécessite en plus l’apprentissage d’un nouveau métier. La production de l’usine de Saint-Ouen, unique au sein du groupe, sera mise en sous-traitance après la fermeture. Avec ce changement de vie professionnelle, c’est aussi des vies sociales qui sont mises à mal. La promesse faite par la direction d’un CDI pour tous ne suffit pas à rassurer les employés. Un jeune ouvrier confie : « hier j’ai eu un entretien d’embauche dans une autre entreprise et je ne suis pas sûr d’être pris donc ça fait peur, c’est quelque chose qui nous turlupine tous les jours ». 

Même si la direction a annoncé unilatéralement la fin des négociations, les ouvriers de PSA Saint-Ouen entendent bien continuer la lutte. Des opérations de débrayages importantes ont eu lieu la semaine dernière et d’autres sont prévues dans les semaines à venir.

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