Samedi 12 janvier, pour l’acte IX des Gilets Jaunes, un appel a été lancé pour une mobilisation en dehors de Paris. Appel entendu par plus 6 000 personnes qui ont défilé à Bourges, préfecture du Cher. Des manifestants partagés entre le dédain pour le grand débat national, la colère froide contre le  »sens de l’effort » d’Emmanuel Macron et l’envie de mobiliser autrement dans les prochaines semaines.

Le camion sono est en place, la tête du cortège est bien calée derrière sa banderole siglée d’un slogan « la France, pays le plus taxé du monde STOP ». Jusqu’ici, à part le mot d’ordre, cela ressemble furieusement à une mobilisation syndicale comme les autres. Dans les premiers rangs, une question fuse : « On y va ? ». Réponse: « Ok, mais doucement ». Une première voix féminine s’élève, un peu timide, et chante « Eeeemmanuel Maaacron… ». Il n’en faut pas plus pour lancer les copains « oh tête de con ! », bientôt rejoints par un mégaphone « on vient te chercher chez toi », puis par une grande partie des manifestants, enrobés par la musique du camion sono. Ce samedi 12 janvier à Bourges, la mobilisation des Gilets Jaunes est lancée.

La tête du cortège de la manifestation des Gilets Jaunes à Bourges, le samedi 12 janvier 2019. Photographie : Martin Bodrero pour Radio Parleur.

« Pourquoi toujours Paris ? »

Par peur des débordements, la préfecture a bouclé le centre-ville obligeant le cortège à parcourir les boulevards extérieurs de cette petite ville tranquille du centre de la France. Fabrice, agriculteur installé à quelques kilomètres de Bourges rappelle que « ce mouvement est français, pas parisien » devenant logique, pour lui, de manifester en région. En novembre dernier, il est monté à Paris, puis avait un peu quitté le mouvement. Le voici de retour, aiguillonné par les dernières déclarations du président de la République. « Il ose dire que nous n’avons pas le sens de l’effort ! Il était encore dans ses couches quand moi je faisais déjà douze heures de travail par jour ! » lance Fabrice dans un élan de colère froide. « C‘est un manque de respect vis à vis des gens comme nous ! » ajoute-t-il.

Un peu plus loin, Léa et Clara, deux lycéennes de la ville, regardent passer la manifestation. Mobilisées dans leur lycée, elles ont découvert l’appel à la mobilisation sur les réseaux sociaux. « Pour rigoler on s’est dit : si des casseurs viennent qu’ils ne se gênent pas. À Bourges il y a des pavés partout ! » rigolent-elles avant d’ajouter plus sérieusement : « au final, ça va, c’est pacifique. On n’a pas non plus envie de se faire gazer ».

Une pancarte brandie face à un barrage de policiers à Bourges lors de la manifestation des Gilets Jaunes du samedi 12 janvier 2019. Photographie : Martin Bodrero pour Radio Parleur.

Un mouvement qui s’auto-organise

Fabrice vient lui de Châteauroux à 80 kilomètres de Bourges. Très mobilisé sur sa ville, il a intégré, de manière informelle, l’inédit service d’ordre qui encadre les manifestants.  »Si on veut être pris au sérieux, il faut qu’on montre qu’on peut faire les choses dans les règles » assure cet homme qui administre plusieurs pages Facebook de Gilets Jaunes de la région. « On doit recentrer l’opinion sur nos revendications. On n’est pas des gens violents, on est là pour manifester pacifiquement », affirme-t-il avant de conclure : « à Paris, ce n’est pas possible de faire ça, la pression policière est trop forte ».

Un grand débat national encore trop flou

Partout dans la manifestation, l’évocation du grand débat national qui démarre ce mardi 15 janvier provoque haussement d’épaules et soupirs. » L’impôt sur la fortune, les réformes déjà imposées par le gouvernement… Il y a trop de sujets qui sont hors du débat dès le début », estime Gertrude. Elle est venue d’Orléans avec une amie. « Moi je me mobilise car on ne nous écoute pas et je n’ai pas l’impression que cela va changer avec ce débat ».

Une statut décorée d’un gilets jaune dans un parc de Bourges lors de la manifestation du samedi 12 janvier 2019. Photographie : Martin Bodrero pour Radio Parleur.

L’année dernière Priscillia Ludosky, l’une des figures des Gilets Jaunes, a réuni des milliers de signatures sur sa pétition contre les taxes sur le carburant. Présente à Bourges ce samedi, les gens l’apostrophent et la félicitent. « Organisez-nous ! » lui lance un homme en tenue de chasse. « Organisez-vous ! » lui répond la jeune femme. Inlassablement, elle défend l’organisation horizontale du mouvement. À propos du grand débat national, elle estime que son groupe, la France en colère, est « ouvert à la discussion » (une position qui a provoqué, ce lundi, une scission avec Eric Drouet, autre figure des Gilets Jaunes). Mais elle dénonce « le flou autour de l’organisation proposée par le gouvernement ». Pour Priscillia Ludosky  » la forme c’est bien et elle est là, mais l’important c’est le fond ». Des revendications comme le référendum d’initiative citoyenne (RIC) et la baisse des taxes qu’elle souhaite voir présentées à un « maximum de Français ». Une initiative « pour ouvrir vraiment le débat » et continuer, un peu plus, la mue d’un mouvement Gilets Jaunes en pleine transformation.

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