Combien de temps encore aurons-nous un véritable service public pour s’occuper des chômeurs ? Mobilisés depuis deux semaines contre les 400 suppressions de postes au sein de cette administration cruciale, les conseillers Pôle emploi refusent surtout de fliquer les chômeurs.

« Allô, Pôle Emploi ? »

« Les chômeurs ont intérêt à savoir se servir d’internet ! » Parole de conseillère à la retraite. Michèle Carel, ancienne employée de Pôle Emploi Hauts-de-France, a connu toutes les évolutions de l’assurance chômage, depuis la fusion de l’ANPE (ancienne agence nationale pour l’emploi) avec la caisse des ASSEDIC, jusqu’aux agences Pôle Emploi qui ferment peu à peu l’accueil des usagers pour se tourner vers le tout digital. « L’année prochaine, 400 postes seront supprimés, mais ce sont en fait 800 équivalents temps pleins qui vont disparaître. C’est une catastrophe.… » se désole-t-elle.

À l’appel de la CGT, Michèle Carel est venue battre le pavé le 1er décembre dernier pour dénoncer ces suppressions de poste prévues pour 2019. Majoritairement parmi les agents indemnisation, ces conseillers qui gèrent le calcul des allocations, leur recouvrement temporaire, suivent les dossiers, répondent aux chômeurs… Oui mais voilà, le ministère du Travail doit faire 2 milliards d’euros d’économies dans le cadre du budget 2019, présenté par le gouvernement en septembre dernier.

« On gère des centaines de dossiers à la fois »

600 postes ont déjà été supprimés en 2018. Il reste encore 54 000 personnes qui travaillent à Pôle Emploi. « Ce n’est pas suffisant, on est souvent débordés, à devoir gérer des centaines de dossiers à la fois. Des dossiers inutilement compliqués parce que les gens se trompent en remplissant les formulaires sur internet, ou ne comprennent tout simplement pas ce qu’on leur demande, » explique une conseillère en Île-de-France, elle aussi venue à la manifestation. Au total, on parle de 4000 emplois qui seraient supprimés à l’horizon 2020. Un chiffre que ni l’agence ni la ministre du Travail ne veulent confirmer. 

Les chômeurs, eux, ne vont pas disparaître. Au troisième trimestre 2018, leur nombre atteint 5 649 600, dont un peu moins de la moitié sont en réalité des travailleurs et travailleuses précaires. Qui va s’occuper d’eux ? « Des machines… c’est déjà plus ou moins le cas en réalité, » explique Nathalie Potavin, déléguée CGT. L’inscription en ligne est désormais obligatoire depuis le 1er mars 2016. La nouvelle convention de l’assurance-chômage, en cours de négociation entre syndicats et patronat, doit amplifier la digitalisation. Tenessee Garcia, délégué CGT, est plus qu’inquiet. « Il n’y a presque plus d’interlocuteurs vivants dans les agences Pôle Emploi ! Il est aussi question de supprimer les téléphones en agence, téléphones dont les usagers se servent pour appeler le 3949, et joindre leur conseiller. »

Faire ses démarches sur tablette… avec des jeunes en service civique

La CGT dénonce aussi une inégalité face aux outils numériques, que la direction de Pôle Emploi ne semble pas prendre en main. Si la dématérialisation des services peut parfois permettre à certains chômeurs de gagner du temps, encore faut-il savoir se servir d’un ordinateur. « Bientôt, pour régler un problème avec votre indemnisation, vous aurez des jeunes en service civique avec des tablettes qui vous feront faire vos démarches en ligne. S’il y a un problème, ils n’en sauront pas plus que vous, » déplore Tenessee Garcia. 

Depuis l’année dernière, les accueils sans rendez-vous en agence ne se font plus que le matin. Les demandeurs d’emploi sont invités à solliciter leurs conseillers par email. « C’est un temps qui n’est pas compté comme du temps de travail. Moi j’en traitais une trentaine par jour, ce qui représentait plusieurs heures de travail, » raconte Michèle Carel. 

« Moins d’agents, c’est aussi moins d’êtres humains qui vérifient les annonces sur le site de Pôle Emploi, » s’agace Tenesse Garcia. Pour le syndicaliste, cela laisse de la place à des annonces illégales, ainsi qu’aux plateformes privées qui brassent quantités d’offres d’emploi, « et se font du fric en revendant les données personnelles des chômeurs.« 

Redéploiement des agents sur des missions de contrôle

L’autre aspect qui inquiète syndicats, chômeurs et précaires, c’est le redéploiement d’une partie des effectifs sur le contrôle des demandeurs d’emploi. Une mesure intégrée à la réforme de l’assurance-chômage et de la formation professionnelle portée par Muriel Pénicaud. « L’an dernier, ils étaient 200 conseillers à faire du contrôle. Cet été, ils sont passés à 600, et l’an prochain ce seront 1000 « radiateurs », c’est-à-dire des agents dont le rôle sera de trouver la petite bête pour radier le plus de demandeurs d’emplois possible, » explique Tenessee Garcia. « La direction leur propose de travailler dans des bâtiments anonymes, sans contact avec les chômeurs et leurs problèmes. Cela peut en tenter certains.« 

Le cortège arrive devant l’Unedic, l’association gestionnaire de l’assurance-chômage. Mobilisés depuis le 20 novembre, agents Pôle Emploi comme chômeurs viennent porter une double requête : l’annulation des suppressions de postes à Pôle Emploi, et l’arrêt net des négociations sur la nouvelle convention d’assurance-chômage. « L’État nous convoque à la table en nous disant que l’objectif c’est d’économiser 4 milliards d’euros. Ce n’est pas ce que j’appelle une négociation, » tranche Tenessee Garcia. Une nouvelle journée de mobilisation est prévue le 14 décembre prochain à l’appel de la CGT.

 

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