En Bretagne, les responsables de la France Insoumise ont organisé samedi 20 octobre un rassemblement spontané des groupes d’appui locaux, en soutien à leur chef de file, Jean-Luc Mélenchon après une perquisition retentissante. Ils dénoncent un « abus de pouvoir » du gouvernement et un « acharnement médiatique » à l’encontre du parti.

Un soleil, inhabituel en ce début d’automne, éclaire le haut de l’artère semi-commerçante briochine, la rue Saint-Guillaume à Saint-Brieuc. Après une semaine médiatique noire pour la France Insoumise, quelques dizaines de militants de la France Insoumise venus des principales communes des Côtes-d’Armor (22) de Lannion, Dinan ou encore Guingamp, ont décidé d’organiser un mouvement de protestation spontané, sans attendre les consignes nationales. Il faut dire que ces derniers jours ont été particulièrement mouvementés pour leur parti, avec une perquisition lundi 15 octobre au domicile de Jean-Luc Mélenchon, retransmise en direct sur son compte Facebook. Mediapart a également publié un récit de cette perquisition, dévoilant la relation entre le leader de la FI et sa responsable de la communication, Sophia Chikirou. Cette dernière étant soupçonnée par la justice de surfacturation lors de la campagne présidentielle.

L’appel des sympathisants bretons a été lancé mercredi 17 octobre, via des listes de diffusion par mail. Ils sont entre 50 et 70 au plus fort de la mobilisation, vers 15 h. Inquiets de ce qu’ils définissent comme « un abus de pouvoir, d’un déni de démocratie ». Le rassemblement est paritaire mais les cheveux sont majoritairement grisonnants. Les quelques badauds qui ne passent pas leur après-midi dans les zones commerciales entourant Saint-Brieuc observent avec circonspection, mais ne perturbent pas le rassemblement. Quelques-uns acceptent même des tracts.

Un distributeur de billets décoré pour l’occasion ( photographie: Guillaume Hubert)

« C’est une attaque politique », dénoncent-ils, massés devant l’agence de la Société Générale. D’autres estiment qu’il s’agit d’un leurre pour détourner l’attention de la politique macroniste. « Il ne faudrait pas oublier l’évasion fiscale », rappelle une militante au micro d’une sono de fortune, apportée pour l’occasion. « Nous reviendrons la semaine prochaine au même endroit avec Attac 22 pour une opération de nettoyage des banques », rappelle-t-elle.

« C’est fini la démocratie, faut pas se leurrer », déplore d’un air grave Catherine Fauvelle, militante anti-nucléaire de longue date et porte-parole d’un groupe d’Insoumis du Trégor. Un autre homme prend la parole pour justifier la colère de Jean-Luc Mélenchon : « par rapport aux traitements que subissent les chômeurs traqués, les petits entrepreneurs étouffés, les paysans qui crèvent de devoir répandre des saloperies sur leurs champs, cette violence là m’apparaît bien légitime ».

Contre « l’abus de pouvoir » et « des méthodes intolérables »

Georges Samson, un des porte-paroles du groupe Saint-Brieuc insoumise, relaie les déclarations du syndicat VIGI-CGT-Police. Celui-ci n’hésite pas à parler de  » méthodes dignes de la nuit des longs couteaux » et « d’une instrumentalisation à des fins politiques de la police nationale ». Quelques mètres plus loin, une sympathisante insoumise d’allure menue dénonce « des méthodes intolérables du parquet pour garder le pouvoir », n’hésitant pas à faire le lien entre le « totalitarisme » du régime français actuel et la Hongrie, la Corée du Nord ou la Chine. « Ah oui, avec le Brésil également, le dernier exemple en date, je suis très inquiète ». Elle regrette l’absence de Communistes au rassemblement.

Seuls des militants du Parti Ouvrier Indépendant et de sa scission, le Parti Ouvrier Indépendant Démocratique, sont présents en soutien à la FI ce jour-là. Marion Gorgiard, ex-candidate FI aux législatives 2017 dans la 1ère circonscription des Côtes-d’Armor, estime « qu’on peut penser ce qu’on veut de la réaction de Jean-Luc Mélenchon, mais il s’agit d’un abus des pouvoirs antiterroristes. La méthode ne va pas du tout. Cet abus de pouvoir ne concerne pas que les Insoumis, les syndicalistes sont aussi criminalisés ». Georges Samson précise : « ce rassemblement n’est pas un soutien inconditionnel à la France Insoumise, mais un soutien à la démocratie. »

Une pancarte dénonçant la politique contre l’évasion sociale menée par le président Emmanuel Macron (photographie : Guillaume Hubert)

Une atteinte à la démocratie ? 

Certains dénoncent des médias « capitalistes », « à la solde de leurs maîtres ». Ils paraissent plus gênés quand on leur rappelle les médias qui ont mis en cause leur ex-candidat : Mediapart et France Info. Ils embraient alors sur la dénonciation de BFM ainsi que du matraquage à charge des chaînes d’infos en continu. Tous dénoncent un emballement médiatique pour créer des affaires, et faire oublier l’agenda social du gouvernement (réformes des retraites notamment). Si la lumière judiciaire n’est pas encore faite sur le financement de la campagne du candidat à l’élection présidentielle de 2017, c’est davantage une méthode de perquisition  » brutale » qui est critiquée par les militant.e.s.

Des méthodes qui questionnent, selon eux, le fonctionnement de notre régime.« Macron joue avec notre démocratie, c’est effrayant, c’est très grave ce qui se passe », fustige un ex-militant Communiste, Insoumis depuis la présidentielle. Ont-ils si tort d’avoir peur ? À ce stade, l’impact politique et juridique de ce « Mélenchongate » reste incertain. Ce jour-là, à Saint-Brieuc, ils étaient peu nombreux, mais parlaient haut pour faire bloc avec leur mouvement.

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