Jon Palais, membre des « Faucheurs de chaises », mouvement contre l’évasion fiscale, était jugé lundi 9 janvier à Dax pour « vol de chaise en bande organisée ». Il s’est présenté au tribunal escorté par plus d’un millier de sympathisants. Des sympathisants qui avaient un autre procès en tête : celui, plus symbolique, de la banque BNP-Paribas. Récit d’une folle journée dans les rues de Dax, transformées en une joyeuse foire militante contre l’évasion fiscale.

Alors que, pour la première fois de la journée, le soleil offrait quelques-uns de ses rayons, la petite armée des organisateurs du joyeux cortège qui escortait le prévenu jusqu’au tribunal a scindé la foule en deux. Et soudain, Jon Palais fendait la multitude. De longs cheveux blonds, de grands yeux bleus…L’égérie des Faucheurs de chaises a parfois, bien malgré lui, l’air prophétique. Il ne manquait plus qu’un peu de mise en scène pour que le tableau d’un Moïse traversant la mer Rouge soit saisissant. Un bon millier de personnes, et presque autant de drapeaux, se dressaient, débordant rapidement de la toute petite place du tribunal de Dax.

Dans les rangs, José Bové, mais aussi Eva Joly. La député européenne, ancienne juge au pôle financier et ex-candidate d’Europe Ecologie les Verts à la présidentielle, est l’une des avocates qui défend Jon Palais. Pendant l’audience, elle pourfend les pratiques fiscales de la BNP et retrouve certains des accents qui ont fait sa carrière de magistrate. En face, la BNP-Paribas, partie civile dans ce procès, ne s’est pas fait représenter. A propos des Faucheurs de chaises, le Procureur décrit « une action pacifiste, bon enfant » et demande au final une dispense de peine. Il faudra attendre le jugement le 23 janvier prochain. Jon Palais risque tout de même cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

La BNP-Paribas absente à l’audience

Le militant de Bizi! voulait faire de ce procès une tribune médiatique pour parler de l’évasion fiscale. C’est une réussite. On appelle cela « l’effet Streisand » : soit une tentative d’empêcher la divulgation d’informations, qui déclenche le résultat inverse. C’est exactement ce qui est arrivé à BNP-Paribas ce lundi. Elle souhaitait voir réprimer les actions dénonçant sa pratique de l’optimisation fiscale. On en a parlé toute la journée. Une table ronde le matin avec des candidats de gauche à la présidentielle, des concerts, une conférence gesticulée.
Les organisateurs, membres du mouvement basque Bizi ! et du réseau Alternatiba, avaient prévu les choses en grand, à quelques encablures du tribunal, dans la salle du carreau des Halles, gracieusement prêtée par la mairie de Dax.
A la fin de l’audience au tribunal, et dans une ambiance digne de la ferveur des meetings politiques, les militants ont accueilli leur champion en héros. Vers 17h00, Jon Palais a fendu une nouvelle fois la foule rassemblée devant la mairie, au cri de « Nous sommes tous des faucheurs de chaises ». Monté sur la scène, accompagné d’Eva Joly, il raconte l’audience, les réquisitions du Procureur, et termine son discours sous les applaudissements. « On m’a demandé souvent si je ne me sentais pas tel un David contre Goliath dans ce combat. Aujourd’hui je pense plutôt que nous sommes des milliers de David contre Goliath. Merci à tous ! »
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Au fait, pourquoi Jon Palais passait devant le juge ce lundi 9 Janvier ?
Le militant altermondialiste Jonathan Palais comparaissait devant le Tribunal correctionnel de Dax pour des faits de  « vol en réunion » : le 19 octobre 2015 dans une agence bancaire de BNP à Paris, il avait dérobé 14 chaises. La banque a porté plainte contre lui à titre individuel. Dix-huit autres militants ont participé à l’opération symbolique. Il encourt cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende.

Jon Palais est l’un des meneurs de ce mouvement contre l’évasion fiscale. En 2015, Les faucheurs de chaises soutenus par les associations Alternatiba, Bizi !, ATTAC ou encore les Amis de la Terre ont réquisitionné 184 chaises dans des agences bancaires (pour les 184 pays participants à la COP 21). Elles ont été utilisées symboliquement pour l’organisation d’un sommet contre l’évasion fiscale en décembre 2015 pendant la Conférence environnementale de Paris, la COP 21.

 

 

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