Frange Radicale, c’est l’histoire de trois coiffeur·ses qui décident de repenser leur travail en créant un salon de coiffure sans patron·nes, ni prix genrés. La coopérative de coiffure n’en est qu’à ses débuts. Mais elle a le vent en poupe et incarne un exemple d’organisation différente du travail et de l’accueil des client·es. Un modèle pour le monde de la coiffure, mais pas seulement…

 « J’ai vu que vous n’étiez plus ouvert le samedi, mais que vous étiez ouvert le lundi contrairement à la plupart des salons de coiffure ? » s’étonne un client. Le choix correspond à une décision de l’équipe pour s’économiser physiquement. Chez Frange Radicale, le bien-être des salarié·es passe avant tout. C’est la meilleure garantie d’un accueil de qualité pour les client·es. Il faut dire que depuis l’ouverture du salon en décembre 2020, les fauteuils ne désemplissent pas. « La coopérative c’est un outil pour les travailleurs » sourit Anouck, une des coiffeuses.

Ré-approprier son outil pour lutter contre la souffrance au travail

En premier lieu, Frange Radicale n’est pas tout à fait un salon comme les autres… c’est une coopérative. Un salon créé et pensé par des coiffeur·ses qui veulent gérer collectivement leur outil de travail. Anouck, Léa et Pierre travaillaient auparavant dans des salons au modèle classique. « Le monde de la coiffure se veut rude et exigeant, c’est un peu un modèle de l’artisanat à la française » glisse Pierre. Dans les petits salons, ce grand blond aux cheveux longs raconte aussi les cadences infernales, la compétition entre les coiffeur·ses, et derrière soi, le patron qui épie.

Frange Radicale
« De l’extérieur quand tu vois l’endroit, tu vois que c’est un salon de coiffure. Mais tu sens qu’il se passe un truc un peu hybride » s’amuse Laetitia. Photo : Tristan Goldbronn pour Radio Parleur.

La démarche plait aussi aux client·es, à l’instar de Laetitia. Elle a suivi son ancienne coiffeuse jusqu’à Frange Radicale. Avant tout, « ça colle avec les valeurs que j’essaie d’avoir ». Cette designer graphique est aussi séduite par l’engagement du salon sur les prix uniques et non-genrés. « La taxe rose c’est payer double sous prétexte que t’es identifiée comme une meuf, ça va bien cinq minutes ». 

Coups de ciseaux dans les prix genrés et la binarité

Chez Frange Radicale, les prix sont non-genrés. Au contraire, ils sont fixés en fonction de la taille de la coupe, courte ou longue. « Les gens n’atterrissant pas ici par hasard » remarque Anouck. « On a beaucoup de féministes et aussi des personnes intéressées par notre modèle coopératif, ainsi que des gens du quartier ».

Frange Radicale permet aussi d’échapper aux rapports de domination et aux diktats du genre qui s’expriment dans le monde de la coiffure. A l’instar de Cam, qui se présente comme trans et racisé. « Aller chez un barbier c’est mission impossible, ça me met trop mal à l’aise« . Un constat partagé par Léa, qui épingle le schéma systémique et directif d’une profession à l’enseignement suranné. « Les cheveux c’est politique. Il y a énormément de diktats normatifs qui s’expriment à travers eux ».


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Inspiré·es par l’aventure de la Conquête du pain, une boulangerie autogérée à Montreuil, c’est avec l’aide du cabinet comptable Finacopp, que les salarié·es ont écrit leurs statuts et se répartissent les mandats. Un modèle en quête d’avenir ? L’équipe ne veut pas s’arrêter là, assure Anouck. « L’idée c’est de rallier d’autres coiffeurs à notre cause. De démontrer que le schéma pyramidal n’est pas obligatoire dans les salons de coiffure ». Le pari semble bien engagé.

Un épisode de l’Actu des Luttes réalisé par Tristan Goldbronn. Présentation et coordination éditoriale : Martin Bodrero. Photographie de une : Tristan Goldbronn pour Radio Parleur

Identité sonore Actu des Luttes : Etienne Gratianette (musique/création) et Elin Casse, Antoine Atthalin, Romane Salahun (voix)

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