Dans la baie de Saint-Brieuc, des éoliennes offshores se dressent lentement mais sûrement. Petit à petit, les pêcheur‧euses, élu‧es et habitant‧es font part de leurs doutes voire de leur exaspération. Le chantier, sous couvert de fournir une énergie verte, aurait des conséquences pour l’écosystème. La crainte majeure : les coquilles Saint-Jacques pourraient disparaitre de la baie. De quoi mettre en péril un pan de l’économie locale, qu’une pêche raisonnée s’efforçait de maintenir à flot.

Dans la baie de Saint-Brieuc, la coquille Saint-Jacques est un incontournable pour les touristes en goguette. Les pêcheurs coquilliers pratiquent depuis des lustres une pêche raisonnée qui fait la renommée gastronomique du crustacé breton. Mais un vaste chantier de construction d’éoliennes en mer menace cette ressource halieutique, et avec elle l’économie locale qui en dépend. Paradoxe : la construction d’éoliennes est accusée de causer un désastre environnemental. Pour les pêcheurs des ports environnants, c’est certain. A Erquy, bastion de la résistance au projet, ils et elles opposent la sauvegarde de la biodiversité marine et de leur activité professionnelle à la transition énergétique.


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Les habitant‧es aussi s’organisent. Notamment au sein de l’association Gardez les Caps, qui produit un impressionnant travail de recherche documentaire sur le projet. Quant aux élu‧es, iels semblent bien désemparé‧es à en juger le témoignage du maire d’Erquy, rencontré sur le marché de la commune. Ses administré‧es s’inquiètent de voir leur plus belle plage déformée par de profondes tranchées destinées à l’enfouissement des câbles électriques. Depuis avril, date du tournage de ce reportage, les travaux ont débuté dans la baie. Preuve que le conflit est toujours vif : ils ont donné lieu à d’impressionnantes manifestations maritimes.

Eoliennes
Les marins-pêcheurs portent plainte contre la construction du parc éolien de Saint-Brieuc. Photo : Guillaume Saligot

Des dépôts de plaintes au pénal, le parquet national financier saisi

L’été n’a pas apaisé la colère des pêcheurs bretons. Loin s’en faut. Après une plainte contre X devant le procureur de la République de Brest le 27 août, le comité des pêches des Côtes-d’Armor a également déposé plainte pour « rejet de substance polluante ». En cause, des épanchements de fluides hydrauliques observés sur l’Aeolus. Ce bateau est chargé des forages de la société Ailes Marines, la filiale du groupe espagnol Iberdrola en charge de l’opération. Plus grave, les avocats du comité des pêches mettent en cause les conditions de l’appel d’offres ayant abouti à désigner Ailes Marines. Le Parquet National Financier est saisi d’une plainte pour recel du délit de favoritisme et s’intéresse désormais au projet. Une série de plaintes qui laisse présager que le terrain de la confrontation judiciaire va prendre le pas sur la confrontation en mer.

Un reportage de Yoann Compagnon, Valentin Stoquer et Tristan Goldbronn. Photo de Une : Guillaume Saligot.

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