Le combat décolonial et contre les violences policières peut-il être un pilier dans la lutte contre le réchauffement climatique ? L’écologie est-elle une solution à certains problèmes des quartiers populaires ? Le mercredi 15 juillet à La Base, lieu associatif parisien, militants écologistes et militantes des quartiers populaires ont esquissé les fondements d’une lutte commune.

Les invité·es :

Assa Traoré du collectif La Vérité Pour Adama

Jade Lindgaard journaliste spécialiste des questions climatiques à Médiapart,

Malcolm Ferdinand philosophe et auteur du livre Une Ecologie Décoloniale (Seuil),

Fatima Ouassak  co-fondatrice du réseau Front de mères 

Teïssir Ghrab porte-parole d’Alternatiba.

Une conférence animée par Renda Belmallem chercheuse à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales).


Ce samedi 18 juillet est prévue la IVe Marche Pour Adama organisée par le comité Vérité et Justice pour Adama. À son appel, deux manifestations d’une ampleur inédite ont récemment eu lieu à Paris, le 02 juin devant le tribunal de Grande Instance et le 13 juin place de la République. En 2019, il avait fait front commun contre les violences policières avec les Gilets Jaunes.

Cette fois-ci, Assa Traoré et son collectif souhaitent faire le lien entre la Génération Adama et la Génération Climat. C’est dans ce but que la conférence « Écologie et quartiers populaires, territoires en lutte » s’est tenue à La Base, lieu associatif et militant de la capitale.

Les quartiers populaires en première ligne face à la crise écologique

À en croire les intervenant·es, l’anti-racisme et l’écologie n’ont jamais réellement été opposés. Bien au contraire, de nombreuses luttes menées au sein des quartiers populaires, notamment pour de meilleures conditions de vie, passent par des démarches écologiques. C’est ce qu’affirme Fatima Ouassak : « Il y a 5 ans, on travaillait déjà avec Greenpeace et L214 !  […] S’il n’y a pas d’alliance, ça ne vient pas de nous. Depuis le début, on considère que c’est la même question. »

Jade Lindgaard, de son côté, rappelle que les habitant·es des quartiers populaires sont non seulement les plus exposé·es aux pollutions, mais aussi les plus vulnérables. « Tout le monde doit avoir le droit de respirer, affirme-t-elle. Or, dans nos quartiers populaires, il y a des endroits où ce n’est pas possible. […] La station d’AirParif qui mesure en moyenne les plus hauts taux de gaz polluants, c’est celle Porte de Paris à Saint Denis car elle concentre les pollutions de l’autoroute A1, A86 et du périphérique. » Le mot d’ordre « On Veut Respirer » a donc deux sens : il dénonce à la fois les violences policières et l’injustice environnementale.

Le racisme et le colonialisme aux origines de la destruction de l’environnement

Pour autant, ces habitant·es et leur environnement sont les grand·es oublié·es de l’écologie politique, militante et associative. C’est bien le principal reproche fait au écologistes par les militant·es anti-racistes et les habitant·es quartiers populaires. « On pense le monde sans une partie conséquente de ceux et celles qui peuplent la terre, ou alors de manière anecdotique et circonstancielle, indique Malcolm Ferdinand. […] Les pensées écologistes se sont constituées en faisant fi de ce qui anime beaucoup des histoires personnelles et politiques des personnes racisées. En l’occurrence, en France, l’histoire coloniale et esclavagiste. »

Sur le mème thème : Dépasser la nature pour habiter le vivant ?

Le mouvement écologiste ne prendrait pas assez en compte les personnes racisées, et nierait leurs histoires et leurs parcours. « Le racisme est une force qui empêche certain.e.s d’habiter la Terre. […] la question du racisme est au cœur de la manière même dont on pense l’enjeu écologique. » La conférence s’est terminée sur un appel à rejoindre la IVe Marche Pour Adama du samedi 18 juillet.

Galerie

Pour aller plus loin :

Captation et photographies : Martin Lelievre pour Radio Parleur. Photographie de une : Fatima Ouassak et Malcolm Ferdinand pendant la conférence. 

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