Chloé P et Georgios D, un couple ordinaire devenu « le couple de la Contrescarpe ». Ils et elles comparaissaient ce vendredi 8 février devant le tribunal correctionnel de Paris pour violences volontaires sur personnes détentrices de l’autorité publique. Un nom a plané pendant toute la durée des débats, celui d’Alexandre Benalla.

« S’en tenir au dossier ». Voila la formule qui résume au mieux l’intervention de la procureure. Pas question de parler des violences dont Georgios D. a été victime le 1er mai 2018 par un Alexandre Benalla sous couverture de shérif. Non, la magistrate veut s’en tenir aux faits pour lesquels le tribunal est saisi, « violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». 

Pour rappel, le 1er Mai 2018 en début de soirée, un rassemblement « apéro militant » est appelé place de La Contrescarpe dans le 5ème arrondissement de Paris. Les policiers sont tendus. Plus tôt dans la journée, la traditionnelle manifestation syndicale n’a pu se tenir dans le calme. Moins d’un kilomètre après son départ place de La Bastille, des affrontements avec la police et l’incendie d’un Mc Donald à la sortie du pont d’Austerlitz ont dispersé le cortège et provoqué plusieurs dangereux mouvements de foules. Dans la soirée, ce rassemblement place de la Contrescarpe se termine dans les gaz lacrymogènes, les coups de matraques et par les interpellations de 25 personnes. Georgios et Chloé, présents à la terrasse d’un bar de la place, sont de ceux-là. Des policiers les appréhendent violemment, parmi eux un homme particulièrement agressif est filmé par le militant Taha Bouhafs. Il n’est pas policier, il se nomme Alexandre Benalla, un homme présent tout ce 1er Mai (NDLR : ci-dessous la photo de notre journaliste Tristan Goldbronn prise, en début d’après-midi, près du pont d’Austerlitz). Le début d’une affaire d’état.


C’est dans cet enchaînement d’événements que Chloé a lancé un cendrier et une bouteille en plastique en direction des CRS. Georgios a, lui, fait de même avec une carafe d’eau. Des faits que les deux jeunes gens reconnaissent avoir commis. Pour la justice, c’est la seule raison de leur comparution, point final. Au tribunal, la procureure insiste : « nous sommes maintenant à une date où je considère qu’il est nécessaire de rappeler que les policiers font un travail dur et dangereux. Donc, ces types de faits sont pour moi inacceptables ».

L’enquête a apporté la preuve que le couple était un habitué du quartier latin, mais la procureure s’interroge : « Pourquoi être resté alors que des manifestants, visages couverts et chantants des chansons telle que « on déteste la police », se réunissaient sur la place de la Contrescarpe ? ». Pour la représentante du ministère public, Georgios et Chloé ont pris le parti des manifestants. De fait, ils sont accusés de violences en réunion et de s’être armés. La procureur réclame une peine de deux mois d’emprisonnement avec sursis et de 400 euros d’amende.

« Une affaire qu’ils payent tous les jours »

L’avocat du couple, Me Sahand Saber, rappelle en filigrane, sans jamais la mentionner, l’affaire Benalla. « Mes clients ont fait l’objet d’un traitement singulier par rapport aux vingt-trois personnes interpellées le même jour ». D’abord relâchés le soir-même, sans aucune poursuite, c’est finalement le parquet de Paris en octobre dernier qui ouvre une enquête sur le couple. Si bien, qu’alors aucune partie civile ne se constitue, les policiers n’ont pas porté plainte, Chloé et Georgios se retrouvent aujourd’hui sur le banc des accusés. Plus singulier encore, « mes clients ont été traités de tout, de casseurs, de black blocks » affirme Maître Saber. L’avocat raconte même avoir reçu une lettre à son cabinet  » l’auteur y qualifie Georgios d’un grecque d’extrême gauche ». Pour de simples jets de projectiles, Me Saber rappelle encore que « cela n’arrive jamais que la famille, les amis et les employeur soient questionnés » dans le cadre de l’enquête. Pour lui, les traitements médiatiques et judiciaires subis par Chloé et Georgios sont déjà un poids suffisant, « ce n’est pas une simple affaire judiciaire, pour eux c’est une affaire qu’ils payent tous les jours ». Il réclame la dispense de peine.

Interpellation de Chloé P. et Georgios D. par Alexandre Benalla, Vincent Crase et des policiers. Vidéo : document Mediapart.

« 500 euros d’amende »

Le couple comparait les yeux cernés. Ils se défendent tous les deux d’être des manifestants, avouant ne pas avoir pu se contenir face « à la violence inexplicable des CRS ce jour-là ». Tour à tour, il et elle répète leur culpabilité et leurs regrets, sans jamais revenir sur l’après. Sur cette interpellation menée par Alexandre Benalla. Pour tous, dans cette 28e chambre du Tribunal correctionnel, la limite de l’affaire se tenait à l’avant. La juge les reconnait coupables, sans surprise, puisqu’eux-mêmes clament leurs torts. Elle les condamne à 500 euros d’amende jugeant que la peine d’emprisonnement n’est pas nécessaire.

Un reportage réalisé par Scarlett Bain.

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