Le temps d’un week-end, Commercy était au centre du mouvement Gilets Jaunes. La petite ville de La Meuse accueillait l’Assemblée des assemblées. Une réunion de plus de 75 délégations de Gilets Jaunes venues de toute la France. Un exercice inédit de démocratie directe et une véritable alternative au grand débat imposé par Emmanuel Macron.

Il flotte un peu dans son gilet, il n’est ni très grand, ni très costaud. Pourtant sa voix porte dans toute la salle, bien relayée par ce micro à bonnette jaune, totem de ce week-end pas comme les autres . « La parole est à la délégation de Sète ! Ensuite ce sera Nantes et les Picards de Flixecourt ! ». Commercy, Claude y habite depuis plus de vingt ans. Ancien maire d’un village du coin, il est le monsieur Loyal de l’Assemblée des assemblées.

L’événement est né en décembre, un soir d’occupation de rond-point près de Commercy. « On se demandait comment entrer en contact avec les autres groupes », explique Claude avec un sourire. « Quelqu’un a dit : on devrait faire une assemblée des assemblées ! Et voilà c’était parti ». Les Gilets Jaunes de Commercy ont rapidement tourné une vidéo, un appel à se réunir. « Le lendemain de la parution sur internet, on était déjà à 50 000 vues ! J’y croyais pas », raconte Claude.

Vue de l’assemblée des assemblées organisée par les Gilets Jaunes à Commercy . Photographie : Killian Martin pour Radio Parleur.

« Nous venons seulement de nous rencontrer »

Un mois et demi plus tard, 300 ont répondu présent dans la petite salle des fêtes à quelques kilomètres de Commercy. Sur les deux jours, une assemblée générale et des groupes de travail doivent parvenir à trouver des dénominateurs communs à la mobilisation.

Les délégations se présentent, détaillent les revendications qui remontent du terrain. Justice fiscale, révocation des élus, référendum d’initiative citoyenne… Les sujets sont innombrables et la soif de changement intarissable. Pas facile pourtant de s’entendre et d’apprendre à faire en commun. Les incompréhensions et instants de flottement alternent avec les propositions concrètes d’organisation. « On est portés par une énergie nouvelle » estime Camille*. Elle est mandatée par l’assemblée générale de Crest, une commune de la Drôme. « Pour moi c’est déjà une réussite, je vais ramener plein d’idées nouvelles ». Un délégué du même département ajoute : « Ce qu’il faut dire, c’est que nous essayons de construire ensemble et nous venons seulement de nous rencontrer ».

Une intervention pendant l’assemblée des assemblées organisé par les Gilets Jaunes de Commercy. Photographie : Killian Martin pour Radio Parleur.

L’envie d’agir face au besoin de construire

Au fur et à mesure des interventions, l’un des enjeux de cette assemblée se fait jour. Virginie est mandatée par les Gilets Jaunes de Strasbourg. « Est-ce qu’on est légitime pour sortir de ce week-end avec des propositions ou pas ? » De nombreux délégués n’ont pas reçu de mandat pour voter des revendications ou des actions. Au final, c’est un appel qui est élaboré par une commission dédiée avant d’être lu le dimanche devant l’assemblée. Chaque mot, chaque virgule est scruté par les participants. « On s’implique, on ne laisse plus d’autres décider, on veut reprendre le contrôle des décisions », affirme Gilles, un Gilet Jaune venu de Picardie. L’appel sera finalement proposé à toutes les groupes locaux avant un retour à la prochaine Assemblée des assemblées prévue à Saint-Nazaire dans deux mois, voire même le mois prochain « si nous à Montreuil, on arrive à assurer l’organisation », explique un délégué. Une organisation qui, sans le revendiquer, emprunte fortement à la théorie du muncipalisme pensée par l’américain Murrray Bookchin.

« Les gens avaient envie de se parler, ils avaient envie de démocratie », affirme Claude, le Gilets Jaune de Commercy. Après deux jours à tenir le micro et assurer la tenue des débats, il a l’air épuisé. « Les copains et copines se demandent parfois ce qu’on va faire si tout ça s’arrête, ils ont peur qu’on se quitte ». Un silence s’installe, quelques instants, puis il ajoute « mais non. On va pas se quitter, on se quittera plus jamais, c’est impossible ! »

*Le prénom a été modifié.

Reportage à Commercy réalisé par Martin Bodrero, June Loper et Killian Martin.


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 Le reportage écrit et le diaporama photo réalisé par nos amis   de Reporterre, le quotidien de l’écologie.

 

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