Alors que les indépendantistes catalans ont remporté jeudi 21 décembre une majorité de sièges au Parlement de la Generalitat, Radio Parleur a suivi les militants de la Candidature d’unité populaire (CUP), un parti de gauche anticapitaliste historiquement opposé au régime de Madrid, qui est parvenu à remporter quatre sièges.

Jeudi, journée historique pour les électeurs et les électrices catalan.e.s. Ils se sont déplacé.e.s en masse pour aller voter, à 82%. Soit sept points de participation en plus qu’en 2015. Les indépendantistes portaient écharpes, rubans, et vêtements jaunes pour soutenir Carlos Puigdemont, en exil en Belgique, et Oriol Junqueras, numéro deux du gouvernement catalan toujours incarcéré. Pour les pros comme pour les antis, ce scrutin devait être indiscutable, et irréprochable.

A quoi ressemblerait une future République catalane indépendante de l’Espagne ?

Alors que les indépendantistes ont remporté la majorité des sièges au Parlement catalan, nul n’est en mesure de répondre aujourd’hui précisément à cette question. D’ailleurs, les unionistes comme les indépendantistes ont célébré le résultat des élections jeudi soir, les uns pour leur percée en nombre de voix, les autres pour l’obtention de la majorité parlementaire.
« On ne sait pas vraiment ce qu’ils comptent faire après les élections. » Les leaders des deux principales listes indépendantistes, Ensemble pour la Catalogne (34 sièges) de Carles Puigdemont, l’ancien président en exil en Belgique, et la Gauche Républicaine de Catalogne (32 sièges) d’Oriol Junqueras, sont restés assez vagues dans leur programme. explique Quim Arrufat, candidat sur la liste de la Candidature d’unité populaire, parti de gauche anticapitaliste historiquement indépendantiste, qui a remporté 4 sièges, soit six de moins que lors des précédentes élections. Un nombre d’élus réduit qui diminue son influence sur les décisions qui seront prises, mais qui ne remet pas complètement en question sa position dans l’échiquier politique : les quatre députés de la CUP offrent la majorité aux indépendantistes. Une majorité avec laquelle Mariano Rajoy refuse toujours de discuter, resserrant le noeud de la crise politique, et le sentiment désabusé des catalan.e.s ce matin, au lendemain du vote.
Quant au quatrième acteur, la liste de Catalunya en Comú-Podem (8 sièges) comprenant le parti d’Ada Colau la maire de Barcelone, Podem (la branche catalane de Podemos) et la Gauche Vert Catalane (ICV), il ne prône pas un divorce immédiat avec Madrid mais plaide pour l’organisation d’un référendum légal. Une position qui laisse toutes les portes ouvertes.
Dans les rues de Barcelone, de nombreux tags pro-indépendance. Photo Laury-Anne Cholez pour Radio Parleur

« La République catalane idéale est féministe »

La CUP est l’un des seuls parti qui a réfléchi précisément à un processus constituant pouvant mener à la construction d’un nouveau régime. « Nous aimerions prendre exemple sur la Bolivie ou encore l’Equateur qui ont modifié leur constitution « , précise Quim Arrufat. Loin d’être une position identitaire, où de repli sur soi, l’indépendantisme se veut au contraire ouvert sur le monde. « Pour moi, la République catalane idéale est féministe, plus juste socialement, plus soutenable écologiquement. Cela n’a rien à avoir avec l’identité, et encore moins avec des nouvelles frontières. Nous voulons une pleine souveraineté pour avoir les compétences et pouvoir légiférer sur de nombreux thèmes sociaux et écologiques. Un exemple : le Parlement Catalan a approuvé en août une loi sur le changement climatique. Et le tribunal de Madrid l’a annulée », analyse Laia Sanahuja Mila, « apoderada » pour la CUP.

Surveiller le bon déroulé du scrutin

Dans les bureaux de votes, chaque liste avait envoyé des « personnas apoderadas » (personnes habilitées) pour surveiller le déroulé du scrutin. « Nous vérifions que personne ne mélange les listes, qu’il y ait toujours assez de bulletins sur les tables », explique Alfons Perez, militant de la CUP. Ces « surveillants » ont surtout été vigilants au comptage des votes, afin de s’assurer qu’aucune irrégularité n’entache le scrutin. « Au vu des enjeux, cela va prendre du temps. Nous allons bien vérifier chaque bulletin pour être certain qu’il n’est pas nul par exemple ». Par manque de confiance dans le système officiel, un comptage alternatif a été mis en place par des citoyens réunis dans des Comités de Défense de la République. Chaque représentant dans chaque école où se déroule le vote a pu faire remonter les résultats par l’application cryptée Telegram.

« Un résultat que personne ne peut discuter »

Les trois partis indépendantistes (ERC-CatSi, Ensemble pour la Catalogne, CUP) ont obtenu la majorité des sièges au parlement. La progression du parti Ciudadanos d’Inés Arrimadas, une liste unioniste, est fulgurante : elle gagne le plus de siège avec 37 députés. Mais cela ne suffit pas, puisqu’au total, avec le parti socialiste de Catalogne (17 sièges) et le Parti Populaire (3 sièges) le bloc unioniste n’a que 57 élus. Bien loin de la majorité des 68 sièges nécessaires pour gouverner. Il devra donc composer avec les indépendantistes, dont les idées sont désormais fortement enracinées dans le débat public. De quoi réjouir Carles Puigdemont, qui a salué jeudi soir depuis sa retraite bruxelloise la victoire du camp indépendantiste, soulignant « un résultat que personne ne peut discuter ».
Carles Puigdemont et son parti « Ensemble pour la Catalogne » arrivent en seconde position du scrutin du 21 décembre. Photo Laury-Anne Cholez

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