Horizon Migration est un podcast qui retrace, à travers des témoignages, les parcours migratoires jusqu’en Guyane française. Vous entendrez les trajectoires de Samir, Manou, Monsieur Nillus, José Luis, Óscar et Muhi Aldin. Ils expliquent leurs combats pour fuir leur pays, obtenir l’asile, supporter l’enfermement, trouver un travail ou des papiers en règle. Un podcast en six épisodes à découvrir !
En juin 2023, je suis partie à Cayenne pour un stage d’un mois au sein de la CIMADE (Comité Inter-Mouvements auprès des évacués), une association qui aide les personnes migrantes à faire valoir leurs droits. À cette occasion, j’ai rencontré de nombreuses personnes ayant migré jusqu’en Guyane. Certaines fuyaient leur pays en guerre et demandaient l’asile, d’autres avaient fait leurs études en France et ne parvenaient pas à trouver de travail, d’autres encore vivaient dans une boucle infernale d’enfermement-expulsion-migration. Toutes ces situations étaient très éloignées des réalités que je connaissais et je voulais que d’autres y soient confronté·es, avec les mots de celleux qui les avaient vécues. Le format de ce podcast s’est alors imposé. Chacun des épisodes est consacré aux témoignages de Samir, Manou, Monsieur Nillus, Oscar, José Luis et enfin Muhi Aldin. Leurs récits sont entrecoupés d’explications des juristes de la CIMADE et des différent·es acteur·ices associatifs qui entourent le parcours migratoire. À travers ces témoignages, ce podcast tente d’éclaircir les mécanismes qui rendent si difficile l’intégration en Guyane française.
Un contexte politique particulièrement violent
Mon travail intervient dans un contexte politique de plus en plus violent envers les immigré·es. S’agissant de l’immigration, les discours s’emmêlent et se transforment rapidement en idéologie. Les faits et la réalité du terrain manquent. Au milieu du bruit médiatique, de nouvelles lois liberticides sont votées. Le 23 janvier 2025, la circulaire Retailleau est entrée en vigueur. De fait, la circulaire Valls, qui la précédait, a été abrogée. Une circulaire est invoquée pour faire valoir le droit à la régularisation. Avec elle, c’est le principal outil juridique de protection des droits des migrant·es qui disparaît. À la CIMADE, la majorité des régularisations que j’accompagnais se faisait au nom de la “Vie privée et familiale”. Ce motif de régularisation n’est plus reconnu par la circulaire Retailleau. Les personnes que vous écouterez dans ce podcast ont ainsi souvent obtenu leur régularisation en faisant valoir des droits qui n’existent plus aujourd’hui.
Des départements spécifiquement touchés
La nouvelle circulaire affirme clairement le souhait du gouvernement de « maîtriser le flux migratoire ». Cette intention est d’autant plus marquée pour les départements d’Outre-mer qui rencontrent des taux d’immigration plus forts qu’en métropole. Ces derniers sont ainsi jugés prioritaires dans la « lutte contre l’immigration » par les pouvoirs publics. Ils font l’objet d’un discours méfiant. Le Premier ministre François Bayrou a parlé d’un « sentiment de submersion » pour évoquer la situation migratoire de Mayotte. L’emploi de ces mots usuels de l’extrême droite n’est pas anodin et traduit un traitement différentiel. Et pour cause, les migrant·es arrivant dans les départements d’Outre-mer en France sont soumis à un droit différent de celleux qui arrivent en métropole. Ces normes d’entrée sur le territoire, plus restrictives, créent des problématiques propres à ces départements. En effet, la faible protection des droits s’accompagne d’une précarité économique. Cette situation est peu médiatisée et s’inscrit souvent dans une histoire coloniale. Ce podcast tente d’en rendre compte, au moins en partie. Les épisodes donnent la parole aux concerné·es et analysent leurs problématiques sous un prisme juridique et historique pour mieux comprendre les tensions qui traversent ce département oublié : la Guyane.
Pour en savoir plus sur la circulaire Retailleau : Circulaire Retailleau sur l’admission exceptionnelle au séjour : une infra-réforme ?
Un podcast en six épisodes réalisé par Camille Domps