Depuis le début de l’année, près de 2 000 réfugiés ou exilés seraient arrivés en France en provenance d’Italie, en traversant la frontière par les cols aux alentours et dans des conditions extrêmes, avec un risque mortel. Face à cet afflux et à ces dangers, une solidarité montagnarde s’est installée dans le Briançonnais dans le but de secourir les migrants en difficulté. Avec ce troisième épisode d’une série de cinq reportages dédiée au passage des migrants à travers les Hautes-Alpes, Radio Parleur vous propose de partir au cœur d’une maraude en montagne, avec Vincent et Emily*, bénévoles à l’association Tous Migrants.

Sur les pistes de ski du col de Montgenèvre, lors d’une maraude. Photo : Tristan Goldbronn pour Radio Parleur.

Secourir les migrant·e·s en difficulté
Dans les Hautes-Alpes, les migrants qui souhaitent rejoindre la France traversent régulièrement la frontière franco-italienne par les cols de l’Echelle, à 1762 mètres d’altitude, et de Montgenèvre, à 1850 mètres d’altitude. Les conditions sont extrêmement difficiles : températures qui descendent parfois en dessous de moins 20 degrés, passages par des zones difficiles d’accès et le plus souvent de nuit, avec les patrouilles de la Police Aux Frontières (PAF) et de la Police Nationale. Face à ces dangers, des professionnels de la montagne, des bénévoles, ou parfois de simples habitants de la région effectuent chaque soir des maraudes en altitude pour secourir les migrants en difficulté. Commençant autour de 21h, elles finissent bien souvent tard dans la nuit, avec des passages allant jusqu’à douze ou quinze personnes par soir, qu’il faut ensuite redescendre jusqu’au Refuge Solidaire installé à Briançon. Là, suite à un accord avec la communauté de communes et la gendarmerie nationale, les migrant·e·s ne sont pas inquiété·e·s tant qu’ils ne s’éloignent pas du refuge, installé dans une ancienne caserne de CRS.

Trois cadavres retrouvés dans la montagne  

Alors que tou·te·s craignaient de retrouver des cadavres au printemps et de voir la montagne se transformer en un gigantesque cimetière à ciel ouvert avec la fonte des neiges, ces dernières semaines, le drame tant redouté s’est finalement produit avec les décès d’une Nigériane, Blessing, retrouvée noyée dans la Durance, à proximité de Briançon, et d’un Sénégalais, Mamadou, retrouvé mort au pied du col de Montgenèvre. La jeune femme sera inhumée ce vendredi 8 juin, lors d’une cérémonie religieuse à l’église Saint Catherine à 14h, suivie d’une inhumation au cimetière de Prelles à 15h30. L’association Tous Migrants appelle à se rendre aux obsèques avec une fleur. Le 25 mai dernier, du côté italien du col de l’Échelle, un promeneur a découvert le corps d’ « un homme à la peau sombre » inanimé, près d’un torrent. Le corps, en état de décomposition avancée, n’a pas pu être identifié, selon le journal italien La Stampa.                                                                                   Bravant le froid, les contrôles accrus de la PAF, les reconduites de nuit à la frontière, les bénévoles continuent. Épuisé·e·s et en colère face à un État qui, à leur avis, les laisse seuls gérer l’urgence. C’est une armée de volontaires – vieux militants, syndicalistes, services civiques, anarchistes et libertaires, catholiques à la fibre sociale, mais aussi simples habitants de la vallée, qui pour certain·e·s ne s’étaient jamais engagé·e·s jusque là – qui a pris le relais d’un État jugé déficient.

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Reportage réalisé par Tristan Goldbronn et Octave Broutard

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