Qu’est ce qui est rose, qui monte et qui descend et permet de mieux comprendre ce langage managériale qui sature nos oreilles depuis l’élection d’Emmanuel Macron ? La réponse : le Bullshidex. Un dictionnaire en ligne qui décortique la novlangue. Un projet élaboré par des enseignants et des étudiants mobilisés de l’université Jean Jaurès de Toulouse bloquée depuis plus de 2 mois.

« Disrupt campus », un terme de la novlangue décortiqué par le Bullshidex

Disruptif, excellence , compétitif, business, transversalité… Des mots qui, pour beaucoup d’entre nous ,ont envahi nos lieux de travail ou même de vie ces dernière années. Un lexique qui, avec l’élection d’Emmanuel Macron, se retrouve plus que jamais employé au plus haut niveau de l’état. C’est ce « langage de l’esquive » que dénonce Pia Pandelakis, enseignante chercheuse, et Anthony Masure, maitre de conférence. Avec le Bullshidex, ils propose, un projet malin qui analyse et démonte mot par mot ces termes enseignés dans les écoles de management . Pia Pandelakis et Anthony Masure sont tout deux spécialisés en design. Ils ont mis à profit le blocage, toujours en cours, de l’université Jean Jaures à Toulouse pour organiser avec les étudiants mobilisés une « semaine spéciale ». Plusieurs jours d’ateliers, pour mettre en commun les énergies. L’enjeux : proposer d’autres manières de lutter contre l’instauration de la sélection à l’université et plus largement critiquer la politique libérale du gouvernement.

Retrouvez le sens des motsC’est durant cette « semaine spéciale » qu’est né le principe de ce dictionnaire de novlangue. Un dispositif simple à utiliser pour l’internaute. On clique sur l’un des mots proposé et le site affiche le terme employé dans son contexte (ici une note de projet pour l’obtention d’un label d’excellence détaillé plus bas). Il propose aussi le nombre d’occurence du mot dans le texte, sa définition tirée d’un dictionnaire classique et enfin une note d’explication et de décryptage rédigée par les enseignants et leurs étudiants.

C’est le document détaillant le projet de l’université de Toulouse pour obtenir le label IDEX (instituts d’excellence) qui a servi de base à ce Bullshidex.  « IDEX c’est un projet de transformation, c’est comme les notations financière des états, les fameux triples A etc. On vous donne un label censé garantir votre réputation et donc on vous donne de l’argent mais vous devez obligatoirement être dans les clous d’une politique de libéralisation de l’enseignement pour l’obtenir et le garder. » explique Pia Pandelakis.

Dans ce texte qui présente les grandes orientations du projet, on retrouve tout les avatars de la novlangue managériale. l’université veut « s’adapter à l’internationalisation » ou encore « construire un projet audacieux ». Des termes mélioratifs « qui ne permettent pas la critique directe, avec ce langage de manager, on est toujours dans une forme d’euphémisme ou d’abstraction du langage » affirme Anthony Masure qui fait du Bullshidex, une mise au point sur les sens et intentions cachés derrière chacun de ces termes.

Le site du Bullshidex propose un générateur d’affiche prêtes  à imprimer

Renouveler la forme , pour renouveler les images de la lutte

Le site internet est rose, la police est ronde, on peut utiliser un générateur d’affiche et de slogan à base de « mêmes », des images emblématiques de la culture web… Ce Bullshidex se veut attractif et agréable à parcourir. « L’idée c’était aussi de repenser l’image des luttes, sortir des images classique des banderoles fabriquées à la main et ce genre de chose » détaille Anthony Masure « On voulais proposer autre chose. » .

Un outil pour intéresser le grand public qui se veut aussi transposable à toutes les luttes. Pia Pandélakis voit le projet comme un outil de mobilisation. Une idée qui a déterminé les outils utilisés pour fabriquer le site, une philosophie défendue par Anthony Masure « tout est en logiciel libre et avec des polices d’écriture libre de droit , chacun peut s’emparer du Bullshidex et l’utiliser à sa convenance ». Pour Pia Pandelakis, il serait bien que ce dictionnaire qui dévoile les réalités concrètes cachées derrière le jargon libéral connaissent une ou plusieurs suite « J’espère qu’on pourra bientôt faire d’autres Bullshi- quelque chose. » explique t-elle avant d’ajouter «  un Bullshitrain réalisé avec les cheminots ce serait pas mal par exemple ».

 

Répondre

Please enter your comment!
Please enter your name here