Le chômage a-t-il coûté sa réélection à François Hollande ? Dans la manifestation des chômeurs, chômeuses et précaires hier, l’idée fait sourire, tant elle est loin des revendications immédiates de l’intersyndicale qui appelait à battre le pavé. Près de 2000 personnes se sont déplacées, comme tous les ans, pour exiger plus de droits pour les demandeurs d’emploi et les employé·es précarisé·es. Mais après plusieurs mois de lutte infructueuse contre la Loi Travail, les manifestant·es avaient le goût amer des longues batailles à venir au fond de la gorge.

« On fera ce qu’on pourra, mais ce sera du pansement social. »

Samedi 3 décembre, le soleil peinait à réchauffer les manifestants venus défiler entre Stalingrad et la place de Clichy. À l’appel de la CGT Chômeurs, d’AC! (Agir ensemble contre le Chômage !), de l’APEIS (Association Pour l’Emploi, l’Information et la Solidarité), et du MNCP (Mouvement National des Chômeurs et Précaires), le cortège faisait grise mine, et le souvenir des grandes manifestations du printemps semblaient loin pour les manifestant-e-s. En forme de rappel de l’échec de la mobilisation à se faire entendre par le gouvernement, l’article 67 de la loi travail était promulgué jeudi dernier. L’article 67, c’est celui, très contesté, qui permet aux entreprises de procéder à des licenciements économiques sur la base de nouveaux critères.
Parmi les manifestant·es, Christine, ancienne licenciée économique, qui a passé 22 ans de sa vie à accompagner des chômeurs et qui s’est retrouvée, un beau jour, « de l’autre côté du guichet » avant de finalement retrouver un emploi au sein du Mouvement National des Chômeurs et Précaires. Pour elle, l’assouplissement du licenciement économique est une bien mauvaise nouvelle, car elle ne croit pas que les entreprises respecteront leur part du marché.
Dans le cortège, des panneaux attirent l’oeil. Des dizaines de personnes s’accrochent à une phrase blanche sur fond noir : « Moi, Daniel Blake. » Le film de Ken Loach, sorti il y a quelques semaines, résonne fortement pour les chômeurs et précaires. L’histoire de cet homme broyé par un système contre lequel il a pourtant le courage de s’élever, ici tout le monde en a fait les frais. « On rend hommage à Ken Loach, explique un manifestant, caché derrière un bouquet de ces panonceaux. Il a réalisé la préface d’un livre qui sortira en janvier, signé par 25 organisations associatives et syndicales. » Le thème ? Le même que « Moi, Daniel Blake » : les idées reçues sur les chômeurs.
Crédit : Marc Estiot

Retourner dans le rue, cinq mois après le mouvement social

Les chômeurs et précaires sont-ils les derniers à se mobiliser contre la Loi Travail ? Les appels à manifester de la CGT ont cessé en septembre et depuis, cette question ne semble plus agiter la rue. « Mais parce que les gens n’ont pas pris conscience qu’ils vont bientôt devenir chômeurs ! » rigole un manifestant. Max est mécanicien auto, et a fait la route depuis Sète pour venir manifester à Paris. Avec son gilet blanc estampillé CGT, il était pourtant au beau milieu des drapeaux noirs et rouges de la CNT, « parce que politiquement je me sens à l’aise avec eux. » Pour lui, il convient toujours de construire un rapport de force dans la rue aujourd’hui, malgré l’échec du mouvement contre la Loi El Khomri, et l’égrenage de ses mesures au fil des mois. Des mesures qui n’améliorent en rien les absurdités de l’accompagnement des chômeurs par Pôle Emploi, « pièce d’un système qui maintien les demandeurs d’emploi sous pression. »

L’assouplissement des conditions de possibilité des licenciements économiques ? Pour Max c’est l’une des mesures les plus imbéciles de cette loi contre laquelle il s’est battu. « En tant que chômeur, renchérit son voisin qui tend l’oreille depuis le début de l’interview, on sait très bien qu’on sert à faire pression sur les mecs qui ont un boulot. Nous sommes devenus un moyen de pression pour les salariés. » Or ces salariés plus facilement « licenciables  » ne peuvent que « devenir de plus en plus nombreux après la promulgation de l’article 67, » cela, Max en est persuadé. Tel est bien selon lui l’esprit de l’ensemble de cette Loi Travail, au delà du seul article 67.

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