Mardi 13 Novembre sur Radio Campus Paris , c’était le thème de notre émission Radio Parleur mensuelle : que fait la police? Les policiers manifestent devant les tribunaux pour dénoncer le « laxisme » de la justice. Vieille rengaine qui pourrit tous les débats sur la justice, ce « laxisme » est pour les uns, une « vue de l’esprit », pour les autres un fléau réel qui encourage les délinquants à récidiver. Qu’en est-il sur le terrain ? C’est la carte blanche de Julien Mucchielli, journaliste pour notre partenaire le site Epris de Justice.

Ce n’est pas rien que de voir des policiers défier les juges devant les tribunaux. Légitimement remontés par l’attaque insensée qui a touché leurs collègues de Viry-Châtillon, une attaque au coktails molotov qui avait brulée gravement deux policiers le 8 octobre dernier, les flics n’en peuvent plus d’être agressés.  

Sous équipés, en sous effectifs, ils font face aux assauts répétés de délinquants « sans foi ni loi » qui, disent-ils, jouissent d’une scandaleuse impunité. Ces fonctionnaires au bout du rouleau répètent à qui veut l’entendre : « les délinquants on les arrête et, 24 heures plus tard, ils ressortent et recommencent. » De là cette désagréable sensation de prendre des risques en vain, de ne servir à rien. De là, ce reproche fait aux juges de ne pas prononcer des peines suffisamment sévères et de saper leur travail de terrain.

La justice, n’a jamais autant réprimé

Alors, justice laxiste ? Figurez-vous que des chiffres existent, ils sont publiés chaque année par le ministère de la justice et tenez vous bien : la justice n’a jamais autant réprimé.

En 2001, les tribunaux correctionnels ont prononcé 384 mille condamnations, en 2015 : 552 mille. Pour la même période, le nombre de peines de prison est resté à peu près stable, sauf les peines de prison ferme qui ont bondi de 94 mille à 124 mille, la durée moyenne de détention passant de 7,7 mois à 8,4 mois. La population carcérale a doublé en 35 ans, le taux d’occupation dépasse 160% en maison d’arrêt.

Malgré tout ces faits statistiques ce sentiment d’insécurité et cette impression d’impunité vécue par les policiers existe bel et bien. La presse fourmille d’exemples où des brigands de quartiers terrorisent le voisinage et agressent la police dans une relative indifférence que d’aucuns interprètent comme une certaines bienveillance.

Par exemple, ces deux délinquants qui, en Seine-et-marne, brûlent, cassent dealent et agressent sans arrêt. C’est une affaire qui a surgit telle quelle sur le compte Facebook d’un policier. On y lit également que les deux « sauvageons » (bonjour Bernard Cazeneuve) ont été « condamnés à aller à l’école pour l’un, à ne pas sortir le soir pour l’autre »

« C’est tout ! » s’étrangle l’honnête contribuable en toute bonne foi et souvent il en reste là, le contribuable, alors qu’une simple recherche aboutit rapidement à un article du Parisien, qui précise que ces mesures ont été prises en attendant le procès. Les deux terreurs n’ont donc pas encore été condamnées. En outre, ils ont moins de 16 ans, la détention provisoire leur est donc interdite, c’est la loi. Enfin, celui obligé « d’aller à l’école » a en fait été placé dans un centre éducatif fermé hors du département, la mesure la plus coercitive qui puisse être à son âge.

Avant d’en arriver à la prison, des sanctions progressives pour réprimer des faits délictueux.

Ce décalage entre l’indignation spontanée du fonctionnaire de police et la réalité traduit moins une volonté de manipuler les faits, qu’une méconnaissance réelle du système judiciaire. Nombre de policiers de terrains courent après les délinquants sans se préoccuper de leur sort une fois remis aux mains de la justice. Il existe pourtant de nombreuses options, et c’est le parquet via le procureur qui choisit l’orientation de la procédure : cela peut-être une composition pénale, une transaction pénale, une comparaison sur reconnaissance préalable de culpabilité… 

Il existe également de nombreuses alternatives au procès pour répondre de manière proportionnée à l’intensité du délit comme le sursis, sursis avec mise à l’épreuve, obligations de soins, de travail, d’indemniser la victime, jours amendes ou encore travail d’intérêt général avant d’envoyer quelqu’un en prison, prison qui est bien souvent moteur de récidive et donc de délinquance,le juge dispose d’un panel de sanctions, progressives dans leur sévérité, pour réprimer des faits délictueux.

C’est cela que certains, je dis bien certains policiers, perçoivent comme du laxisme, alors que ces peines ne sont ni plus, ni moins laxistes : elle se veulent adaptées. Plutôt que de se défier il serait souhaitable que policiers et magistrats apprennent à se connaître afin de mieux comprendre le travail de l’autre. C’est une proposition émise récemment par le ministre de la justice Jean Jacques Urvoas et Ce serait un bon début pour contribuer à résoudre le mal-être policier.

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